Christophe Mali «Sur scène, ça m?intéressait de revenir à la genèse du morceau, de l?offrir aux gens tel qu?il était au moment où je l?ai écrit, piano-voix»
-Comment ce projet solo a-t-il vu le jour?
Il est né au moment où j?avais du temps: après la tournée Grain de sable, avec Tryo, nous avons décidé de prendre une pause. Parallèlement, on m?a proposé d?écrire pour Jean Guidoni. Quand j?ai commencé, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas écrire à la guitare. J?ai appris à jouer de la guitare avec Tryo et je ne sais pas faire grand-chose! C?est le piano qui est mon instrument principal, celui où je me sens le plus à l?aise. En composant au piano, des chansons très personnelles sont sorties, qui me ressemblent plus. Quand j?écris pour Tryo, je prends ma guitare et je pense à Manu, à Guizmo, au côté festif, aux trois voix qui vont se mêler.
Ensuite, j?ai commencé à jouer dans un bar, à Paris, et c?est devenu un rendez-vous pendant trois mois, tous les lundis à minuit. Puis on m?a proposé des endroits où jouer et, de fil en aiguille, j?ai fait des rencontres qui m?ont amené à d?autres concerts et, finalement, à un album.
- Ce n'est donc pas quelque chose que vous portiez en vous depuis longtemps?
Non, d?ailleurs toutes les chansons sont très récentes. A aucun moment, quand on tournait avec Tryo, je n?ai eu envie de faire un truc seul. Je ne me sens pas du tout prisonnier dans le groupe! Mais je crois qu?il y a, dans l?album, des choses personnelles, intimes, des chansons d?amour, par exemple, que je ne peux pas porter avec les autres. C?est un album qui me ressemble plus: dans un groupe tu es aussi dans le compromis.
- Que ressentez-vous en vous retrouvant dans des petites salles après avoir fait d'énormes concerts?
Beaucoup de gens pensent que ça doit faire bizarre, mais en fait, je crois que l?énergie et l?engouement restent les mêmes. Je n?ai pas l?impression de donner moins sous prétexte qu?il y a 100 personnes. Par contre, le spectacle est différent: c?est comme si tu organises une grande fête, avec un buffet pour 150 personnes ou un petit repas entre amis autour d?une table à six. La bouffe sera différente, mais les deux sont bien. Ce que j?aime, c?est que, du coup, je passe dans beaucoup d?endroits que nous n?avons pas pu faire avec Tryo. Le Chat Noir, à Carouge, est un exemple flagrant: c?est un lieu mythique et on n?y est jamais passé, parce que tout de suite on est allé dans des salles plus grandes. Et puis, voir les yeux des gens? Quand tu joues devant 150 personnes, en balayant du regard, tu peux quasiment voir chacun dans les yeux. Ça, c?est génial.
- Cet album contient des atmosphères très variées: était-ce une volonté de départ?
C?est la musique qui est au service des textes et non l?inverse. Et comme je raconte dans mes textes des choses très différentes? Quand j?écris Rose des sables, où je parle de la femme musulmane, on est dans une atmosphère orientale. Dans la réalisation, on n?a pas eu peur d?aller au bout, musicalement, de chaque histoire. S?il y avait eu un morceau sur une Brésilienne, on aurait mis de la samba. Ce qui est important, c?est de se sentir libre. Arriver dans des chansons conventionnelles et briser tout ça. De plus, c?est un album qui est très arrangé, grâce à Edith Fambuena. Elle aimait l?esprit que je voulais donner au disque, ce côté très généreux au niveau des arrangements. Pas de chichis, pas le petit orchestre à cordes un peu pincé? C?est autant son album que le mien: j?ai amené l?univers, les fondations, la maison et elle a créé tout le décor.
- Puisque l'album se révèle très arrangé, pourquoi avoir choisi de le défendre en solo?
Ça m?intéressait de revenir à la genèse du morceau, de l?offrir aux gens tel qu?il était au moment où je l?ai écrit, piano-voix. De plus, je me sens autant conteur que chanteur sur scène. J?ai envie que les gens comprennent l?histoire, les mots. J?ai donc voulu épurer au maximum. Il y a un côté un peu one-man-show, mais très intime. Et puis, je me sens bien, seul avec mon piano. Mais ce principe a des limites: je ne pourrais pas jouer certains morceaux, comme Sans amour.
- Même si c?est très différent de Tryo, il reste un côté engagé, sur Rose des sables ou On s'en fout?
Rose des sables est un thème qui me tenait à c½ur. Je suis un fan du Moyen-Orient. Il y avait déjà le sujet de la Palestine dans Si la vie m?a mis là. Je vais régulièrement là-bas et la condition des femmes musulmanes dans ces pays me touche. J?avais envie d?écrire un morceau là-dessus. J?ai demandé à Manu de faire la musique et j?ai invité les Tryo sur ce morceau avec moi. Cette chanson aurait pu se trouver sur un album de Tryo. Mais pour moi c?était important de la sortir là parce que le thème est brûlant. Quant au morceau écolo On s?en fout, il est d?un cynisme terrible? Ce n?est pas L?hymne de nos campagnes, mais le fond est un peu le même. On pourra dire «c?est redondant, c?est démago, vous enfoncez des portes ouvertes?». Peut-être, mais il y a cinquante ans on disait que les glaciers allaient fondre et aujourd?hui ils sont en train de fondre?
- Et une chanson peut-elle y changer quelque chose?
On garde toujours cet espoir-là? En écrivant On s?en fout, au fond de moi, j?ai envie que les choses changent. C?était aussi le cas avec Tryo: si une chanson permet à quelques personnes de se poser des questions, d?ouvrir la discussion, on a gagné. Mais ça reste de la chanson. Je ne me sens pas maître à penser ni éducateur. Je n?arrive déjà pas à m?éduquer moi-même? C?est pour cette raison que cette étiquette un peu militante m?a toujours un peu effrayé. Il faut faire attention, on reste des chansonniers, pas des hommes politiques. Il ne faut pas jouer les rôles qui ne sont pas les nôtres, sinon ça nous revient à la gueule.
- C'est quoi une bonne chanson?
Une chanson qui m?émeut. A titre personnel, c?est aussi une chanson qui me donne envie d?en écrire une autre. D?ailleurs, quand je sors d?un film que j?adore, je n?ai qu?une envie, c?est d?écrire un scénario. Dès que je finis un bouquin que j?aime, je me dis allez, j?écris un livre?
- Quelle image avez-vous de la Suisse?
Une image paisible. On pourrait dire plein d?autres trucs, mais c?est ce que je retiens. Quand tu te balades un peu en Suisse, tu te crois dans un film, tu as envie de prendre ta pelle et ton seau et d?aller bêcher!
- Y a-t-il un artiste ou un groupe qui vous a donné envie de faire ce métier?
Jacques Higelin. Il m?a donné envie de jouer du piano, de chanter en m?accompagnant. Aujourd?hui, il est devenu un ami et il a suivi la préparation de l?album. C?est quelqu?un à qui je dois beaucoup.
-Comment ce projet solo a-t-il vu le jour?
Il est né au moment où j?avais du temps: après la tournée Grain de sable, avec Tryo, nous avons décidé de prendre une pause. Parallèlement, on m?a proposé d?écrire pour Jean Guidoni. Quand j?ai commencé, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas écrire à la guitare. J?ai appris à jouer de la guitare avec Tryo et je ne sais pas faire grand-chose! C?est le piano qui est mon instrument principal, celui où je me sens le plus à l?aise. En composant au piano, des chansons très personnelles sont sorties, qui me ressemblent plus. Quand j?écris pour Tryo, je prends ma guitare et je pense à Manu, à Guizmo, au côté festif, aux trois voix qui vont se mêler.
Ensuite, j?ai commencé à jouer dans un bar, à Paris, et c?est devenu un rendez-vous pendant trois mois, tous les lundis à minuit. Puis on m?a proposé des endroits où jouer et, de fil en aiguille, j?ai fait des rencontres qui m?ont amené à d?autres concerts et, finalement, à un album.
- Ce n'est donc pas quelque chose que vous portiez en vous depuis longtemps?
Non, d?ailleurs toutes les chansons sont très récentes. A aucun moment, quand on tournait avec Tryo, je n?ai eu envie de faire un truc seul. Je ne me sens pas du tout prisonnier dans le groupe! Mais je crois qu?il y a, dans l?album, des choses personnelles, intimes, des chansons d?amour, par exemple, que je ne peux pas porter avec les autres. C?est un album qui me ressemble plus: dans un groupe tu es aussi dans le compromis.
- Que ressentez-vous en vous retrouvant dans des petites salles après avoir fait d'énormes concerts?
Beaucoup de gens pensent que ça doit faire bizarre, mais en fait, je crois que l?énergie et l?engouement restent les mêmes. Je n?ai pas l?impression de donner moins sous prétexte qu?il y a 100 personnes. Par contre, le spectacle est différent: c?est comme si tu organises une grande fête, avec un buffet pour 150 personnes ou un petit repas entre amis autour d?une table à six. La bouffe sera différente, mais les deux sont bien. Ce que j?aime, c?est que, du coup, je passe dans beaucoup d?endroits que nous n?avons pas pu faire avec Tryo. Le Chat Noir, à Carouge, est un exemple flagrant: c?est un lieu mythique et on n?y est jamais passé, parce que tout de suite on est allé dans des salles plus grandes. Et puis, voir les yeux des gens? Quand tu joues devant 150 personnes, en balayant du regard, tu peux quasiment voir chacun dans les yeux. Ça, c?est génial.
- Cet album contient des atmosphères très variées: était-ce une volonté de départ?
C?est la musique qui est au service des textes et non l?inverse. Et comme je raconte dans mes textes des choses très différentes? Quand j?écris Rose des sables, où je parle de la femme musulmane, on est dans une atmosphère orientale. Dans la réalisation, on n?a pas eu peur d?aller au bout, musicalement, de chaque histoire. S?il y avait eu un morceau sur une Brésilienne, on aurait mis de la samba. Ce qui est important, c?est de se sentir libre. Arriver dans des chansons conventionnelles et briser tout ça. De plus, c?est un album qui est très arrangé, grâce à Edith Fambuena. Elle aimait l?esprit que je voulais donner au disque, ce côté très généreux au niveau des arrangements. Pas de chichis, pas le petit orchestre à cordes un peu pincé? C?est autant son album que le mien: j?ai amené l?univers, les fondations, la maison et elle a créé tout le décor.
- Puisque l'album se révèle très arrangé, pourquoi avoir choisi de le défendre en solo?
Ça m?intéressait de revenir à la genèse du morceau, de l?offrir aux gens tel qu?il était au moment où je l?ai écrit, piano-voix. De plus, je me sens autant conteur que chanteur sur scène. J?ai envie que les gens comprennent l?histoire, les mots. J?ai donc voulu épurer au maximum. Il y a un côté un peu one-man-show, mais très intime. Et puis, je me sens bien, seul avec mon piano. Mais ce principe a des limites: je ne pourrais pas jouer certains morceaux, comme Sans amour.
- Même si c?est très différent de Tryo, il reste un côté engagé, sur Rose des sables ou On s'en fout?
Rose des sables est un thème qui me tenait à c½ur. Je suis un fan du Moyen-Orient. Il y avait déjà le sujet de la Palestine dans Si la vie m?a mis là. Je vais régulièrement là-bas et la condition des femmes musulmanes dans ces pays me touche. J?avais envie d?écrire un morceau là-dessus. J?ai demandé à Manu de faire la musique et j?ai invité les Tryo sur ce morceau avec moi. Cette chanson aurait pu se trouver sur un album de Tryo. Mais pour moi c?était important de la sortir là parce que le thème est brûlant. Quant au morceau écolo On s?en fout, il est d?un cynisme terrible? Ce n?est pas L?hymne de nos campagnes, mais le fond est un peu le même. On pourra dire «c?est redondant, c?est démago, vous enfoncez des portes ouvertes?». Peut-être, mais il y a cinquante ans on disait que les glaciers allaient fondre et aujourd?hui ils sont en train de fondre?
- Et une chanson peut-elle y changer quelque chose?
On garde toujours cet espoir-là? En écrivant On s?en fout, au fond de moi, j?ai envie que les choses changent. C?était aussi le cas avec Tryo: si une chanson permet à quelques personnes de se poser des questions, d?ouvrir la discussion, on a gagné. Mais ça reste de la chanson. Je ne me sens pas maître à penser ni éducateur. Je n?arrive déjà pas à m?éduquer moi-même? C?est pour cette raison que cette étiquette un peu militante m?a toujours un peu effrayé. Il faut faire attention, on reste des chansonniers, pas des hommes politiques. Il ne faut pas jouer les rôles qui ne sont pas les nôtres, sinon ça nous revient à la gueule.
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Autres petites questions toujours a christophe mali
- C'est quoi une bonne chanson?
Une chanson qui m?émeut. A titre personnel, c?est aussi une chanson qui me donne envie d?en écrire une autre. D?ailleurs, quand je sors d?un film que j?adore, je n?ai qu?une envie, c?est d?écrire un scénario. Dès que je finis un bouquin que j?aime, je me dis allez, j?écris un livre?
- Quelle image avez-vous de la Suisse?
Une image paisible. On pourrait dire plein d?autres trucs, mais c?est ce que je retiens. Quand tu te balades un peu en Suisse, tu te crois dans un film, tu as envie de prendre ta pelle et ton seau et d?aller bêcher!
- Y a-t-il un artiste ou un groupe qui vous a donné envie de faire ce métier?
Jacques Higelin. Il m?a donné envie de jouer du piano, de chanter en m?accompagnant. Aujourd?hui, il est devenu un ami et il a suivi la préparation de l?album. C?est quelqu?un à qui je dois beaucoup.